Dans un souci de transparence, il me semble une
nécessité éthique de résumer quelques postulats auxquels ma pratique
s'articule :
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La conviction que nous aurions identifié de grandes lois universelles applicables au champ psychique ressortit, selon moi, à la croyance. Ou du moins à une croyance qui ne possède pas une valeur supérieure à n'importe quelle autre croyance... En d'autres termes, je préfère considérer toute modélisation du fonctionnement psychique comme une hypothèse de travail - et non comme une description du réel - qui doit pouvoir être à un moment contredite par les faits et renouvelée. En ce sens, tous les discours qui, d'une part, entretiennent la confusion entre ces deux niveaux (spéculation/description) et, d'autre part, occultent que toute théorie est façonnée et limitée par son contexte de production me semblent suspects de manque de rigueur.
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Dans la même logique, la «neutralité» supposée du thérapeute me paraît illusoire. Quel que soit son degré de compétence, il reste lui aussi «informé» (au sens littéral du terme : modifié) par son époque, sa culture, son histoire, sa religion, mais aussi par son sexe, son âge, son origine sociale etc. L'agir du thérapeute renvoie donc à la manière dont il a été lui-même «produit» ; et ce qu'il appelle «neutralité» désigne en réalité son incapacité à admettre le caractère contingent de la théorie qu'il a choisie. C'est souvent dans ce contexte de prétendue «neutralité» que l'on observe une tendance du praticien à interpréter nombre d'expériences humaines singulières (foi religieuse, voyance, homosexualité etc.) en termes de dysfonctionnement quand ce n'est pas de psychopathologie.
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L'identification d'une "étiopathogénie" (c'est-à-dire de l'origine supposée des troubles) n'entraîne pas mécaniquement un résultat thérapeutique. Autrement dit, on peut identifier la cause de son mal... sans aller mieux pour autant. En ce sens, la psychothérapie, telle que je la conçois, consiste moins à découvrir un "sens caché" à partir d'une théorie prétenduement avérée, mais bien à ce que le thérapeute et le patient co-construisent le sens à mettre sur ce qui advient ou est advenu.
L'asymétrie du dispositif thérapeutique risque de faire perdurer un traumatisme, voire pour certains patients, de le répéter. J'entends comme « asymétrique » un dispositif qui positionne le thérapeute comme seul détenteur légitime du savoir, et le patient comme contraint de se rallier à sa théorie. En ce sens, je propose un dispositif d'entretien dynamique, intégrant largement l'échange entre le patient et le psychologue. Ainsi le praticien assure t-il une fonction d'écoute, en même temps qu'il représente une force de proposition : à lui d'attirer l'attention du patient sur de nouvelles hypothèses, sur de nouvelles pistes, que celui-ci choisira d'explorer ou non.
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Bien que, d'une part, je considère que la surconsommation de psychotropes dans les pays dits "développés" - et notamment la France - constitue une question grave en termes de santé publique, et que, d'autre part, ma propre sensibilité m'ait conduite vers la parole, je respecte infiniment le travail des médecins y compris dans sa dimension "chimiothérapique", dès lors qu'elle est justifiée et pertinente. En effet, certains patients associés à certaines situations légitiment pleinement une prise de médicaments, transitoire ou non. Il me semble donc judicieux de rechercher une complémentarité, lorsque le bénéfice semble probable, entre des approches qui ne se réfèrent pas au même corpus théorique (psychologique/médicale). Autrement dit, et on l'aura sans doute compris, je ne fais pas partie des thérapeutes qui imposent à leur patient de suspendre un traitement avant d'entreprendre un travail sur lui-même.